Le 28 novembre 2024, le projet de reprise de Photowatt, l’un des derniers fabricants français de panneaux photovoltaïques, par la start-up Carbon, a été officiellement abandonné. Cette décision met en lumière les défis majeurs auxquels est confrontée l’industrie photovoltaïque française, notamment face à la concurrence intense des producteurs chinois.
Un projet de reprise prometteur avorté
Initialement, la reprise de Photowatt par Carbon était perçue comme une opportunité de revitaliser la filière photovoltaïque française. Le plan prévoyait un investissement de 40 millions d’euros pour transformer le site de Photowatt en un centre pilote, destiné à tester les futurs procédés de fabrication de la giga-usine de Carbon prévue à Fos-sur-Mer. Ce projet visait également à maintenir 170 emplois pendant deux ans et à en créer 30 supplémentaires d’ici 2026. Cependant, les deux entreprises ont déclaré que « les conditions nécessaires à la réussite de ce projet n’étaient pas réunies ». Nicolas Chandelier, directeur général de Carbon, a exprimé ses regrets, soulignant que l’entreprise avait « bâti un projet cohérent et solide ».
Obstacles techniques et scepticisme des salariés
Plusieurs facteurs ont conduit à l’échec de cette reprise. Des problèmes techniques liés à l’aménagement du bâtiment de Photowatt auraient retardé le projet de Carbon de plusieurs mois. De plus, les salariés et les syndicats de Photowatt ont exprimé des doutes quant à la viabilité du projet. Barbara Bazer-Bachi, secrétaire CFE-CGC, a qualifié les hypothèses de reprise de « farfelues », évoquant des prévisions irréalistes sur la hausse des ventes dans un marché en crise. Elle a ajouté que « les garanties offertes par Carbon étaient insuffisantes par rapport aux risques encourus ». Cédric Thuderoz, coordonnateur régional CGT Énergie, a également souligné l’impossibilité de réunir les conditions nécessaires au succès du projet, tant sur le plan économique que social. Certains salariés estimaient que la reprise ressemblait davantage à un « plan social maquillé » qu’à une véritable relance industrielle.
Photowatt : une entreprise en difficulté dans un marché dominé par la Chine
Fondée en 1979, Photowatt a connu son apogée dans les années 2000 avant d’être rachetée en 2012 par EDF Renouvelables. Malgré plusieurs plans de restructuration, l’entreprise basée à Bourgoin-Jallieu (Isère) a continué d’afficher des pertes chroniques, avec un déficit de 36 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 14 millions en 2023. Récemment, elle avait réduit ses activités pour se concentrer sur la production de wafers de silicium.
Cette situation reflète les difficultés de l’industrie européenne du photovoltaïque, qui peine à rivaliser avec la concurrence asiatique, la Chine détenant 80 % du marché mondial. Le marché européen est également affaibli par la mise en place de barrières commerciales aux États-Unis, entraînant un afflux de panneaux solaires chinois sur le Vieux Continent.
C’est officiel, Photowatt ferme
Le vendredi 24 janvier 2025, EDF Renouvelables, propriétaire de Photowatt, a annoncé la fermeture prochaine de cette entreprise pionnière dans la fabrication de panneaux solaires en France. Cette perspective inquiète les 170 salariés et pourrait marquer la fin d’un des derniers bastions français de la production de panneaux photovoltaïques.
Cette situation souligne l’urgence pour la France et l’Europe de soutenir massivement les entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables. Des investissements significatifs sont nécessaires pour renforcer la compétitivité de l’industrie solaire française face à la domination chinoise. Sans une stratégie nationale durable et des mesures de soutien appropriées, d’autres entreprises pourraient suivre le même chemin que Photowatt, compromettant ainsi les objectifs de transition énergétique du pays.
Sources :
